Sainte Marie-Madeleine et Saint Antoine-Ermite, ou le calendrier astronomique de Rennes

L’énigme de Rennes-le-Château nous invite à considérer particulièrement deux saints de notre calendrier : sainte Marie-Madeleine, tout d’abord, fêtée le 22 juillet, et saint Antoine-Ermite, fêté le 17 janvier comme sainte Roseline.

L’abbé Saunière vouait un culte tout particulier à Marie-Madeleine, comme en témoignent les noms qu’il donne aux éléments de son domaine : tour Magdala et villa Béthanie, village où résida la sainte. L’église de Rennes lui est consacrée, et c’est tout naturellement que le maître-autel nous en offre une représentation.
 


Sainte Marie-Madeleine. Rennes-le-Château, maître-autel de l'église.
Photo Christophe de Cène.

Saint Antoine-Ermite tient lui aussi une place prépondérante, ne serait-ce que via le tableau de Teniers associé à l’énigme (voir le décryptage de la partie d’échecs et la mention du peintre) : la Tentation de Saint Antoine (il en existe de nombreuses versions, toutes signées Teniers). La date du 17 janvier est, elle aussi, omniprésente dans le dossier. Nous renvoyons le lecteur aux nombreuses publications sur ce thème. L’église de Rennes-le-Château nous offre une sobre représentation du saint ermite.



Saint Antoine Ermite et le sanglier
Eglise de Rennes-le-Château

Le point commun entre le tableau de Teniers (ci-dessous, au Prado) et le maître-autel de Rennes est à l’évidence la grotte. Un examen attentif révèle d’autres détails : la tête de mort au pied de la croix témoigne d’une étrange similitude. L’artiste de Rennes s’est-il inspiré du Teniers ?


La Tentation de Saint-Antoine, David Teniers le jeune. Prado.


Détail de l'oeuvre :
comment ne pas penser au maître-autel de Rennes...


... et à l'alchimie ?
Julien Champagne n'aurait pas renié cette origine...
voir www.fulcanelli.info

Notons que dans L'Or de Rennes paru en 2011 aux éditions ARQA, Didier HERICART de THURY et Franck DAFFOS préfèrent à cette version du Teniers une autre, également propriété du Prado, qui présente l'avantage de comporter un paysage de fond lisible. Les auteurs y reconnaissent le Bugarach, situé au sud-est de Rennes. Peut-être cette version est-elle effectivement "la bonne", parmi les dizaines répertoriées, dont celles du Louvre que citait Gérard de Sède.

Le Soleil couchant

Qu’ont en commun ces deux saints ? Un autre détail va nous mettre sur la voie : le paysage représenté sur l’autel de Rennes a la lumière caractéristique d’un coucher de Soleil. Ceci nous invite à chercher où se couche le Soleil le 22 juillet, à la Sainte-Marie-Madeleine. A l’ouest, bien sûr, mais pas exactement : au printemps et durant l’été, le Soleil se couche au nord-ouest (et se lève au nord-est), tandis qu’il se couche au sud-ouest (et se lève au sud-est) en automne et l’hiver. Ce n’est qu’aux équinoxes, le 21 mars et le 22 septembre, que l’astre du jour se lève à l’est et se couche strictement à l’ouest.

Le 22 juillet définit donc un cap (on dit un azimut, angle mesuré par rapport au Nord dans le sens des aiguilles d’une montre). Ce cap dépend de la latitude du lieu, et peut être calculé en ligne sur ce site : http://www.imcce.fr/fr/ephemerides/phenomenes/rts/rts.php .

Le 22 juillet, à la latitude des deux Rennes, le Soleil se couche avec l’azimut 298°, c'est-à-dire 28° par rapport à l’ouest (décalage vers le nord).

Passons maintenant au 17 janvier, date clé pour Rennes et fête de saint Antoine Ermite : le Soleil de se lève avec l’azimut 118°, c'est-à-dire 28° par rapport à l’est (décalage vers le sud).
Dans les deux cas, il s’agit d’un même axe, comme l’explique le schéma suivant :

 

Cet axe de 28° par rapport à la ligne est-ouest (azimut 118) nous semble une clé fondamentale pour comprendre l’énigme des deux Rennes. C’est la raison pour laquelle nous sommes très attachés à cet azimut, relié à la géographie sacrée de Rennes-les-Bains.

En un point donné, qui nous parait être l’église de Rennes-les-Bains, le lever du Soleil le 17 janvier indique un lieu d’où l’on peut, le 22 juillet, contempler le Soleil couchant sur le point d’origine. Là est une caverne.

Lire à ce propos la géographie sacrée de Rennes-les-Bains .

Une confirmation géométrique

Enfin, une surprise nous attendait à ce niveau de l'étude : nous avons soumis le tableau du maître-autel de Rennes à un grand spécialiste des compositions et de la géométrie sacrée, le peintre Yvo Jacquier. Ses conclusions sont les suivantes : l'ensemble du tableau répond à une composition assez savante fondée sur le nombre d'or (phi=1,618... rectangle doré en jaune sur le schéma simplifié ci-dessous). Sur cette base s'appuie un losange (ici en blanc) faisant ressortir les angles de 62 et 118°.

Ainsi, par une approche purement géométrique, Yvo Jacquier trouve les angles qui font aussi l'astronomie solaire des lieux :

- Les deux traits supérieurs du losanges indiquent les lever (de gauche à droite) et coucher (de droite à gauche) du Soleil le 17 janvier (Saint-Antoine-Ermite). A noter que cette dernière ligne épouse le Soleil couchant du paysage.
- Les deux traits inférieurs du losange indiquent les lever (de gauche à droite) et coucher (de droite à gauche) du Soleil le 22 juillet (Sainte-Marie-Madeleine).

Cet ensemble cohérent montre la volonté de l'artiste (et celle, sans doute, de l'abbé Saunière) de souligner l'importance de ces repères astronomiques par deux fois retournés (1).


Etude de composition réalisée par Yvo Jacquier. Schéma simplifié.
Le losange (en blanc) correspond aux levers et couchers de Soleil
les 17 janvier (saint Antoine) et 22 juillet (sainte Marie-Madeleine).

 

Une nouvelle approche de la Vraie Langue Celtique

Alors que nous venions de faire connaître, via le forum du Portail de Rennes, cette page consacrée à sainte Marie-Madeleine, saint Antoine et l'azimut de 118°, un chercheur nous signale qu'il s'est lui aussi intéressé aux levers et couchers du Soleil, et de quelle manière ! L'approche de Thierry Espalion nous semble ouvrir une voie nouvelle dans l'univers de l'énigme des deux Rennes. Nous invitons le lecteur à consulter le site de ce chercheur, Rennes-Chateau.com : on découvre en images l'ermitage Saint Antoine de Galamus, situé à 20 km de Rennes-le-Château dans une direction qui, comme nous l'explique l'auteur, est celle du lever du Soleil le 17 janvier, jour de la Saint-Antoine-Ermite.

Thierry Espalion nous livre ensuite une clé inédite : la page 122 de la Vraie Langue Celtique évoque le lever du Soleil en décembre. Or l'azimut 122° est précisément celui du lever de Soleil au solstice d'hiver, à Rennes. Ainsi, on trouve un lien entre la numérotation des pages du livre de l'abbé Boudet et l'angle avec lequel le Soleil se lève (ou se couche) en ces lieux. Surprenant ? Stupéfiant ! L'examen de cette thèse nous a convaincu d'emblée, et nous laissons l'auteur en dévoiler les arcanes sur son site. Pour illustrer la dite thèse, nous nous contenterons de citer la page 118 (notre azimut de prédilection) de la VLC :


La page 118 de la Vraie Langue Celtique de l'abbé Boudet,
commentée selon la méthode de Thierry Espalion.

Tout est là : le jour de la fête des saints (Antoine-Ermite et Marie-Madeleine) est associé à une caverne garnie de branches d'arbres. En ce qui concerne saint Antoine, la description se poursuit page 119 en ces termes : "Nous avons trouvé un vieillard dans une de ces grottes...".

Enfin, ajoutons que l'azimut complémentaire à 298° (298 = 180 + 118), correspondant à un même axe,  nous invite à lire la page 298 de la Vraie Langue Celtique : celle-ci inaugure un chapitre sur la chasse au sanglier; dont on se demande bien ce qu'elle vient faire dans le cadre de cet ouvrage... Sauf si l'on sait que saint Antoine est souvent représenté accompagné d'un cochon ou d'un sanglier (2). L'église de Rennes-le-Château opte pour le sanglier, comme le montre la présence de défenses sur l'animal sculpté. C'est dans ce chapitre consacré à la chasse au sanglier que l'abbé Boudet, page 301, relate la "peinture fabuleuse" qu'est le combat d'Hercules contre le sanglier d'Erymanthe, montagne d'Arcadie... Mais c'est là une autre histoire.

(1) Gérard de Sède dit avoir retrouvé, dans les papiers de l'abbé Saunière, un cryptogramme dit du "Sot pêcheur".  Le texte évoque une pêche symbolique à l'ouverture du Rhône (le Delta grec), sur le gril deux fois retournée.

(2) « Mentionnons le cas surprenant de saint Antoine le Grand (vers 251-356), père de tous les moines. Né à Come en Haute-Egypte et mort dans son ermitage du mont Kolzim, Antoine a deux attributs : la croix en T ou Tau et le porc, remplacé parfois par un sanglier. Il symbolise le diable vaincu et soumis par le saint. »
Bernard Marillier, Le Sanglier Héraldique, Cheminements, 2003.
 

Christophe de Cène

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